Journée
thématique du 30
avril 2004
« Gestion
intégrée des espaces littoraux en baie de
Somme »
COMPTE-RENDU
Le rôle des
activités humaines dans la gestion intégrée de la
baie de Somme
Guillemette ROLLAND, Chargée de mission Conservatoire du Littoral.
Guillemette
Rolland est doctorante EMTS et étudie les composantes
géographiques, sociologiques et ethnologiques de la Baie de
Somme.
Un
constat : si l’activité économique en Baie de Somme
et la conservation de la nature sont des pôles de recherche,
aucune étude n’a été entreprise dans le domaine de
l’ethnologie. De plus, les travaux pluridisciplinaires sur des
questions socio économiques pour l’aménagement du
territoire sont absents.
Comment
avoir une approche pluridisciplinaire sur ce secteur ? Par le
concept de gestion intégrée des zones
côtières qui permet une analyse de territoire, mais pas
une gestion. Ce concept technocratique est intéressant et
attirant mais pas évidemment à appliquer.
La
gestion intégrée : le schéma fait par le
groupe de travail de l’UNESCO propose 3 phases.
Phase
1 : identification préliminaire
Phase
2 : préparation, état des lieux et diagnostic
Phase
3 : mise en œuvre
La Baie
de Somme est définie bien au-delà de l’estuaire
Berck/Abbeville/Tréport, ce sont 100 Km de côte qui sont
concernés avec une délimitation à
l’intérieur des terres assez floue. De nombreuses cartes ont
été édifiées, les plus anciennes
retrouvées dans les archives départementales datant d’il y
a 4-5 siècles. La Somme a été cartographiée
pour de nombreuses raisons et sur commande de l’Etat et des
collectivités. Les dessins ont été
réalisés avec une unité homogène, ce qui
permet de constater l’évolution de la côte à
travers les siècles.
Il y a
toujours eu une relation forte entre les populations humaines et
l’évolution de la baie : le trait de côte a
été travaillé depuis le Moyen Age pour la
formation de polders. Aujourd’hui, la population locale a une
très bonne connaissance de ce territoire (dont il faudrait
profiter et exploiter : « savoirs locaux »)
et un attachement fort. Ils ont conscience que cet espace est en
constante mutation : érosion dunaire, recul des falaises et
du platier, érosion des galets, comblement de l’estuaire.
Aujourd’hui,
bien que l’espace ne soit plus maritime, la mer reste prégnante
notamment pour ce qu’elle apporte.
On peut
distinguer trois grands types de milieu naturel en Baie de Somme. Dans
la plaine maritime picarde, les zones de pâtures ont
été grignotées par les cultures. Ce n’est pas
visible dans le paysage car les zones de cultures sont espacées.
Il faut calculer les surfaces pour le voir, ce qui entraîne un
problème de manque de constat chiffré. L’impact de cette
augmentation des terres cultivées est important car la
pâture permet de conserver les zones humides.
Trois
dimensions sont présentes : le domaine maritime, le littoral
terrestre et l’homme qui prédomine ici. Ce qui est nouveau c’est
l’apparition récente de « traditions ». de
nouvelles traditions apparaissent (notamment pour le cheval ou le
mouton avec lequel la transhumance est devenue événement)
et les anciennes disparaissent comme l’ancien mode de chasse au gibier
d’eau. Les gens vivent et s’adaptent à la mutation
perpétuelle de l’espace. La constante est le mode de vie des
gens qui tiennent compte de la présence des zones humides qu’ils
soient agriculteur, chasseurs…
Ici, le
patrimoine naturel est parfaitement reconnu comme exceptionnel. La zone
est soumise à de nombreux classements (ZNIEFF, ZICO, Loi
littoral, site classé, site Ramsar, site Natura 2000, ZSC et
zone de protection spéciale) mais les politiques de
labellisation et de protection sont cohérentes car leur
désignation s’est faite par concertation et les locaux veulent
aussi ces labellisations. Aussi le plan départemental ENS fait
3500 ha, la stratégie foncière du conservatoire se
réalise sur 5000 ha, Natura 2000 concerne 16000 ha (cf liste des
inventaires et des désignations).
Intervention
de Thierry Mougey (adhérent de Com’etes et chargé de
mission au Marais d’Opale) : il est surpris que tout ce soit
aussi bien passé pour la désignation du site Natura 2000.
G.
Rolland : La définition du périmètre n’a
pas posé de problèmes mais par contre le document
d’objectifs a été long à réaliser.
TM :
Chaque acteur se met autour de la table pour défendre ses
intérêts…
AV :
Aujourd’hui les acteurs locaux sont rassurés mais il est vrai
qu’au début, les réunions à Cayeux et au Havre
étaient difficiles.
GR :
La montée du CPNT et les agressions d’élus par quelques
chasseurs extrémistes ont été très
médiatisées mais depuis, Natura 2000 a fait l’objet
d’actions concertées au niveau national. Des recommandations ont
été envoyées aux forestiers et aux chasseurs pour
lire les avis transmis lors des réunions.
TM :
Confirmation que dans le Pas de Calais, aujourd’hui plus personne ne se
plaint non plus de Natura 2000.
Les
motivations des personnes de la Baie de Somme sont diverses :
- cet espace est accessible à moins de 2h30 de
différentes capitales et attractif pour le tourisme. Le tourisme
balnéaire s’est développé depuis longtemps, mais
aujourd’hui c’est avant tout un tourisme nature avec une augmentation
du tourisme ornithologique. Cette tendance se retrouve dans le
quotidien des Picards, où l’on voit apparaître des
nouveaux produits tels que la baguette de pain appelée
« l’avocette ».
- il est nécessaire de faire la part des choses entre
les personnes qui vivent en Baie de Somme pour des activités
lucratives et celles qui y vivent avec les traditions ou pour être
proche de la nature.
- les chasseurs, qui s’intéressent surtout au gibier
d’eau, représentent une part importante (10%) de la population
de la côte picarde. Ils sont organisés en
fédération ce qui leur confère une certaine
autonomie et un certain pouvoir pour se faire connaître et
entendre.
- les ramasseurs coques se sont tournés vers la
mytiliculture quand les coques ont disparu (vers 1980 environ). De
même, depuis 10 ans le ramassage de salicornes (cornichons de mer)
se développe. Cette activité existait déjà
pendant la seconde guerre mondiale puis est tombée en
désuétude. Le ramassage de ver est aussi réapparu
pour la pêche de loisir. Ces activités font vivre de
nombreuses familles mais il n’existe aucun chiffre sur ce que cela
rapporte, la grosse inconnue concernant le travail non
déclaré.
Ce qui est
remarquable, c’est l’adaptation des populations au changement
d’activités en fonction des potentiels d’exploitation. Seule la
chasse a été une constante dans l’histoire de la baie.
Ceci est lié à l’attachement qu’il y a pour la baie et
à la culture qui existe autour de celle-ci.
Autres
activités :
- le ramassage de galets se fait parfois encore à la
main (300 personnes en vivent) mais cela crée des trous dans le
littoral, avec des excavation parfois très profondes.
- l’ornithologie se développe avec notamment la
création du parc du Marquenterre, de la maison de l’oiseau, et
de diverses associations pour l’observation des oiseaux.
- Le pâturage
Les
activités en Baie de Somme sont connues et suivies surtout pour
la chasse sur le domaine public maritime. De nombreux projets sont en
cours tels que la réhabilitation de carrières
après exploitation, le train à vapeur, les pistes
cyclables et des projets autour des oiseaux. Une réflexion se
met en place sur la création d’espaces de substitution de nature
pour accueillir les gens en dehors des zones protégées.
Dans le
document d’objectifs Natura 2000, il s’agit de :
- améliorer les connaissances
- diffuser de l’information pour la compréhension des
objectifs
- harmoniser les politiques sectorielles
En Baie
de Somme, il existe :
- une politique ENS (Espaces Naturels Sensibles) depuis 1980
- une charte Environnement
- une charte agri-environnementale
- un soutien à SYNER-ouest créé par la
région de Picardie
Il existe
beaucoup d’outils mais l’absence de fédération des travaux
et la non prise en compte de ce qui a été fait auparavant
aboutit finalement à une perte de temps. Actuellement il est
impossible de comprendre les impacts de la chasse, ni de comprendre le
rapport entre les locaux et leur territoire car il n’y a pas de travaux
en ethnologie ni en sociologie en Baie de Somme.
Avis aux
intéressé(e)s…
(c) Com'etes - 2004