Journée thématique du 30 avril 2004

« Gestion intégrée des espaces littoraux en baie de Somme »

 
COMPTE-RENDU


Ensablement : quelles causes, quelles conséquences, des solutions ?
    Nicolas LOQUET, Docteur en océanologie, Groupement d’Etudes des Milieux Estuariens et Littoral.


 

Mécanismes de l’ensablement

 

Le comblement de la baie par des sédiments est inéluctable (la baie de somme est une ancienne vallée fluviale, mise en évidence par sondage de présence de sédiments marins fins). L’énergie nécessaire à éviter l’ensablement vient des marées (le courant de la marée montante est plus élevé que celui de la marée descendante) et du phénomène de chasse continue (les eaux continentales s’écoulent dans la mer) : ce qui suffit à garder les particules en suspension.


Dans le cas de la Baie de Somme lorsque l’on se dirige vers le talus continental, le frottement devient plus important lors des courants de jusant (marée descendante), ce qui entraîne un dépôt et une sédimentation du matériel d’origine continentale au jusant à cause de ce différentiel de marnage. Il y a une remise en suspension des particules du fond lors des marées de vives eaux d’où une quantité importante de sédiments lors du prisme de marée (les apports sableux se font surtout lors des marées de vives eaux).


A cela s’ajoute un mécanisme inverse : le pouvoir de chasse de la Somme est trop faible car son débit n’est plus suffisant (le fleuve est canalisé). Aujourd’hui on constate un reméandrement qui grignote les mollières (= près salés) sur une dizaine de m.

 

Causes de l’ensablement de la Baie de Somme

 

-       Apport sédimentaire entraînant la réduction du delta sableux depuis une centaine d’années. Il a été véhiculé vers l’intérieur de la Baie ce qui risque de provoquer un déficit en matériel.

-     Impacts de la spartine (plante envahissante, hydride artificielle, qui concurrence de manière importante les salicornes et spartine maritime locale Spartina maritima) : cette plante s’installe à la faveur de l’ensablement, ce qui participe au comblement de la baie par rétention des sédiments. La spartine est en bas de shorre (où s’installent les végétaux pionniers supérieurs) donc elle stabilise les terrains en aval.

-         Facteurs humains qui accélèrent les dynamiques sédimentaires : les travaux d’endiguement ont cassé l’énergie des marées et les variations de méandrement (rectification des cours d’eau par canalisation)

 

Conséquences

 

- Modification du caractère granulométrique : exhaussement des sédiments sableux avec envasement des haut d’estran par les sédiments fins et des bas d’estran par les matériaux plus grossiers.

-    Elévation et réduction concomitante de la slikke (vases salées non végétalisées), ce qui a des conséquences écologiques graves car il y a une perte importante de productivité primaire (fonction trophique importante de ces zones) et de malacofaune benthique (ex : coques). On assiste donc à une diminution des ressources pour certaines espèces d’oiseaux, de poissons (zone de frayères) et d’invertébrés (Néréis). Cette réduction de la slikke a également des répercussions économiques puisque l’exploitation professionnelle (cueillette de coques par exemple) est de plus en plus difficile. Cette raréfaction des coquillages touche environ 300 personnes en Baie de Somme.

 

Solutions contre l’ensablement

 

Il n’existe pas de solutions pour des ouvrages de grande ampleur, par contre des actions ponctuelles peuvent être envisagées.

-   Limiter la progression de la spartine et donc la rétention des sédiments : cette lutte favorise les espèces pionnières comme les salicornes (exploitées et commercialisées), ce qui a des répercussions environnementales mais aussi économiques. La résilience du milieu (capacité à retrouver son état initial après perturbation) semble se faire relativement bien. En effet, la dernière espèce disparaissant avec l’installation de la spartine, est la première à réapparaître après élimination de cette plante envhaissante.

-  Ré-estuarisation : ceci permettra de redonner de l’énergie aux mouvements de marée (projet de la Maye pour ouvrir une brèche dans la digue)

-     Dépoldérisation en remettant en eau les renclôtures (terrains gagnés sur la mer). Ceci a une vocation environnementale et un gain de fonctionnalité, notamment sur le rôle de nurserie de la baie pour les poissons.

-   Solution drastique : on pourrait envisager de retirer autant de sédiments qu’il n’en rentre (700 000 m3/an) mais les impacts seraient non négligeables sur le milieu et le devenir de ces sédiments ne serait pas réglé.

 

Le comblement a donc toujours existé en Baie de Somme mais certains travaux d’aménagement ont amplifié le phénomène (endiguement). La question primordiale étant de savoir à partir de quelle surface d’herbus l’estuaire devient-il improductif ?

 

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