Journée thématique du 30 avril 2004

« Gestion intégrée des espaces littoraux en baie de Somme »

 
COMPTE-RENDU


La stratégie de développement local en baie de Somme : exemple d’opération grand site (OGS)
       Sébastien DESANLIS, chargé de mission au Syndicat Mixte pour l’Aménagement de la Côte Picarde (SMACOPI) 


 

Le SMACOPI et ses pôles de compétences

 

Ce syndicat mixte fut créé en 1974 pour favoriser le développement des structures en Baie de Somme et son pourtour, avec pour objectif le développement côtier et la protection des milieux existants.


Le syndicat regroupe 18 communes du département de la Somme, et a pour compétence la protection des milieux naturels, l’aménagement du littoral et sa gestion. Il existe un partenariat étroit avec les associations de protection de la nature, le conservatoire du Littoral, et les pouvoirs publics.

 

Protection et gestion des milieux naturels

Le SMACOPI gère 5 000 ha de milieux naturels : la réserve naturelle avec le parc ornithologique du Marquenterre, ainsi que des secteurs d’anse de marais, d’anse dunaire, d’anse de bois maritime (atypique), une réserve de chasse (ONCFS) et rare un cordon de galets, qui constitue ici un milieu original.

Les compétences du SMACOPI comprennent la gestion de la réserve naturelle, mais également la rédaction des documents d’objectifs Natura 2000 et les études préalables pour le classement des sites du sud de la baie.

 

L’aménagement

Les objectifs en matière d’aménagement consistent à valoriser les villes et les zones rétrolittorales. Un projet de ZAC (Zone d’Aménagement Concertée) a pour vocation d’accueillir les touristes sur l’année et non de façon saisonnière afin d’obtenir un remplissage des logements sur 90¨% de l’année.

En ce qui concerne la gestion intégrée des zones côtières, un ouvrage de défense des bas champs est mis en place pour maintenir le cordon de galets afin d’éviter leur dérive littorale et limiter la formation d’une brèche, qui provoque actuellement des inondations à l’arrière de la digue.

En projet : la création d’un réseau de pistes cyclables le long de la cote picarde.

Les compétences du SMACOPI englobent également la gestion d’équipements touristiques telles que « Destinations en Baie de Somme », les jardins botaniques, le golf, l’hôtellerie, la restauration…

 

Opération Grand Site (OGS) en Baie de Somme

 

Les OGS visent des sites majeurs classés qui ont un fort potentiel naturel menacé et fragilisé, et qui subissent la pression voire la saturation par le tourisme (ex : Mont Saint-Michel.).

La mission d’étude commanditée sur l’état initial du site (paysage, milieu naturel, donnée socio-économiques et fréquentation touristique) est réalisée par un bureau d’études.

 

Etat des lieux : pour les habitants et les touristes, la Baie de Somme a avant tout une image de nature préservée. Elle offre à la fois un paysage maritime emblématique, une diversité des sites (bas champs, galets, dunes..), un patrimoine architectural fort et un accueil balnéaire depuis le 19ème siècle. Ce qui est capital, c’est de protéger les milieux naturels tout en continuant d’utiliser les ressources touristiques pour la gestion de cette nature.

 

Etude de fréquentation : 750 000 visiteurs par an au Hourdel sans offre de service particulière (mais avec des phoques « stars »), juste pour voir le paysage. L’étude montre une sensibilité des visiteurs aux dégradations. En Baie de Somme, le potentiel d’accueil est à son comble. Bien que le site soit classé, de nombreuses menaces pèsent sur ce paysage : débordements de l’architecture (absence de prise en compte des paysages pour les permis de construire), menaces de modification paysagère liée au dynamisme naturel telles que l’érosion, affalement de falaise, ensablement de la baie (d’ici une trentaine d’années, l’estuaire ne sera plus qu’une vaste pâture), consommation du rivage (nombreux parking sur le front de mer), déploiement des campings, dégradation liée au piétinement de la végétation, etc. Le stationnement sauvage est également une nuisance pour les locaux (camping-cars…). L’affichage publicitaire (qui relève de la compétence du maire) n’est pas réglementé, ce qui a pour effet une dégradation du paysage. L’activité des carrières est très importante, mais en phase de déclin : quelle reconversion pour ces sites abîmés par l’extraction et comment les intégrer dans le paysage de la baie ?

 

La richesse du paysage et la constatation d’un processus de dégradation qui menace le site ont amené à projeter une Opération Grand Site sur 26 communes, afin de concilier le développement du tourisme et de l’architecture avec la conservation du patrimoine naturel. Cette OGS demandera beaucoup de concertation pour aboutir à une zonation du site avec une zone pour préserver les sites naturels et les paysages majeurs (noyau dur), un territoire d’accueil des touristes (zone tampon) et un pôle urbain.

Au niveau des paysages majeurs, un contrôle avec sas est prévu pour accueillir et encadrer le public. Les documents d’objectifs Natura 2000 devront préconiser ici l’absence de toute nouvelle urbanisation. Les zones de bas champs (terres gagnées sur la mer pour l’agriculture) doivent être également préservées.

Pour le pôle urbain, actuellement la majorité des habitations sont secondaires, ce qui ne génère pas de retombée économique. La politique de logement devra être tournée vers une habitation à l’année.

 

Les stratégies : les fiches d’actions seront élaborées avec un financement de 50% par l’Etat.

 

La gestion des milieux naturels et urbains : la politique de gestion intégrée des zones côtières devra composer avec la nature et les éléments climatiques afin de maintenir le caractère maritime le plus longtemps possible. Une politique de recul du trait de cote sera également mise en place. La réhabilitation de la qualité tant écologique que paysagère sera mise en avant, contrairement aux autres plans de gestion, avec une réflexion à approfondir sur la création de bio-corridors (quelles espèces, quels flux, quel type de réservoir ?)

 

La gestion du flux touristique : la détermination du degré de sensibilité des sites et de leur fréquentation permettra de mettre en place des moyens et des règles adaptés à chaque site. L’accueil des visiteurs pourra être réalisé au travers de sentiers nature. Une gestion différenciée de cet accueil serait nécessaire afin de limiter le nombre de véhicules, et pourrait être réalisée en développant des transports alternatifs à chaque point de rupture de charge (navette, pistes cyclables, sentiers nature). Le sas a pour vocation un accueil spécialisé des visiteurs. En leur donnant le choix entre divers moyens pour découvrir le site naturel, cela permettrait de réguler les impacts lors des périodes de forte influence.

 

La gestion du paysage urbain et péri-urbain : un effort important reste à faire sur la revalorisation des sites balnéaires dont le front de mer est dégradé (parking, immeubles…). De plus, actuellement l’entrée des villes n’est pas soignée (pub, HLM). Une charte de qualité reste à instaurer sur ces communes, avec une révisions des PLU (plan local d’urbanisme).

 

L’équipement du territoire : parmi les priorités, le maillage du territoire, la mise en réseau de l’équipement existant et l’installation de lieux d’hébergements touristiques (gîte ruraux et produits des fermes)

 

Phasage : il existe un délai psychologique à respecter nécessaire pour que la sensibilisation des élus et des populations concernées soit réalisée avant toute opération de grande envergure. Par exemple, réhabiliter les sentiers pédestres et équestres nécessite le règlement du conflit d’usage au préalable.

Concernant l’acceptation par les communes, il y a une réelle importance à maintenir ces milieux naturels face à l’augmentation de la fréquentation, dont les élus sont conscients. La discussion à l’échelle communale donne une vision et des enjeux différents selon la taille des communes. De nombreuses communes ont été englobées dans l’OGS afin que les plus petites et les moins fréquentées soient mieux conscientes des menaces qui pèsent sur les autres. La réalisation de ces fiches d’actions n’a lieu qu’après validation par l’ensemble des communes.

 

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